Maïs OGM et glyphosate interdits au Mexique

C’est une première en Amérique Latine, continent pourtant particulièrement adepte de techniques agro-industrielles conventionnelles. Dans un décret entré en vigueur le 1er janvier 2021, le gouvernement du président Andres Manuel Lopez Obrador entend bannir le maïs génétiquement modifié ainsi que l’herbicide glyphosate.

Le président a annoncé que les autorités « révoqueront et s’abstiendront d’accorder des permis pour la dissémination dans l’environnement de semences de maïs génétiquement modifié ». Le Mexique, grand importateur de maïs (ingrédient de base de l’alimentation nationale) prévoit donc de réduire graduellement ses achats sur le marché mondial. Le but étant de ne plus délivrer le moindre permis d’importation pour la céréale transgénique. Le gouvernement souhaite en effet conserver sa souveraineté alimentaire tout en protégeant le maïs indigène du Mexique.

L’Industrie agroalimentaire doit trouver des alternatives durables

Concernant l’herbicide glyphosate, il sera progressivement retiré du marché mexicain jusqu’à sa prohibition totale prévue fin janvier 2024. Rappelons que le glyphosate est classé depuis mars 2015 comme « cancérigène probable » par le centre national de recherche contre le cancer (CIRC) : un organe dépendant de l’OMS.

Mexico City July 5 2018 Andrés Manuel López Obrador, virtual elected president of Mexico in period 2018-2024 speaks in a press conference.

Le décret insiste à ce que les organismes gouvernementaux s’abstiennent d’acquérir ou d’utiliser le glyphosate. L’objectif de ce décret est de forcer l’industrie agroalimentaire à chercher des alternatives durables. Ainsi, « les produits agrochimiques, biologiques ou organiques de faible toxicité, les pratiques agro-écologiques ou celles nécessitant une utilisation intensive de main-d’œuvre seront favorisée » prévoit le décret.

Salué par les écologistes, sifflé par l’agro-industrie

Les ONG ont très vite réagi en félicitant le gouvernement mexicain « car ce sont des étapes importantes vers une production écologique qui préserve la biodiversité », a notamment souligné Greenpeace. L’organisation environnementale a par ailleurs rappelé que « les OGM et le glyphosate mettent en danger la diversité des variétés agricoles conservées dans les champs, fondamentales pour la production alimentaire ».

Vue panoramique de Zocalo et de la cathédrale - Mexico, Mexique

En face des défenseurs de l’environnement, il y a les représentants des grosses industrie agricoles. C’est le cas de Proccyt, une organisation représentative de l’industrie agroalimentaire mexicaine, qui a estimé qu’il s’agissait « d’un pas en arrière ».

« C’est un affront, manifeste et opportuniste, qui affecte toute la campagne mexicaine et met en danger la stabilité des prix et la disponibilité d’aliments stratégiques comme le maïs » a déclaré l’organisation dans un communiqué. Proccyt a également ajouté que les « agriculteur mexicains vont perdre en compétitivité face aux agriculteurs qui utilisent l’herbicide, notamment aux États-Unis ».

un manuel d'agriculture hispanique plantant de l'amaranthus dans un champ agricole du Mexique

Première en Amérique Latine

Avec ces engagements, le Mexique se pose en tant que pionnier du continent à bannir l’utilisation d’un herbicide et d’une culture génétiquement modifiée.

Quant aux autres puissances du continent latino-américain, rien ne semble montrer une volonté politique de changer les habitudes agricoles, bien au contraire.

L’Argentine par exemple, est devenue le premier pays au monde à approuver la commercialisation d’un blé génétiquement modifié résistant à la sécheresse mais très mal perçu par les consommateurs.

De son côté, la Colombie continue de pulvériser en masse du glyphosate pour détruire les cultures de coca.

Enfin le Brésil creuse toujours plus profondément dans la forêt amazonienne pour y établir des champs de soja OGM.