« La Face cachée du Bio »

Ce 13 janvier 2021, l’émission « Investigation » diffusée sur La Une (RTBF) a dévoilé son enquête sur « la face cachée du Bio ». Le reportage a abordé diverses problématiques liées au secteur, dont l’exploitation des travailleurs migrants en Espagne, l’utilisation de vitamines OGM dans l’alimentation des volailles et la faible rémunération des producteurs face aux marges de la grande distribution. Nous apportons des pistes de solutions.

Dans un contexte de mondialisation peu réglementée (voire clairement néo-libérale), le bio n’échappe pas aux magouilles des chefs d’entreprises peu scrupuleux. Lorsqu’il est question de faire de l’argent, il ne reste que peu de place pour le respect des valeurs fondamentales de la philosophie Bio. C’est aussi dans l’optique de contrecarrer ces « faux bios » que Biogarantie travaille. Nous sommes conscients qu’il est difficile de contrôler efficacement des produits venant de l’étranger. Nous avons donc décidé en 2020 de créer un label local, promouvant le circuit-court : Biogarantie Belgium.

Voyons ensemble en quoi Biogarantie Belgium peut être une solution aux problématiques abordées dans ce reportage.

L’exploitation des travailleurs, principalement migrants.

Reprenons le reportage : nous sommes dans le sud de l’Espagne, en Andalousie, dans la province d’Almería. C’est là qu’est produit la majeure partie des fruits et légumes (conventionnels et bios) que nous consommons toute l’année en Europe. Cette région autrefois désertique est devenue ce que nous appelons aujourd’hui « le jardin de l’Europe. »

Serres d'Almeria, Andalousie, Espagne. Région principale de la production d'aliments Bio (et conventionnel) pour toute l'Europe

Il s’agit en réalité d’une industrie gigantesque, dissimulée sous des kilomètres de serres. Le reportage va nous montrer la dure réalité des travailleurs de ces entreprises implantées dans la région.

Si les conditions de travail des employés légaux ne sont pas glorieuses, elles sont en revanche catastrophiques pour les immigrés illégaux. Sous-payés et exploités, ils vivent dans des bidonvilles aux abords des serres.

Rien à voir donc avec la philosophie Bio qui englobe le respect social. Comme le précise l’un des interlocuteurs au micro d’Investigation : « En réalité ce que cherchent ces entreprises, c’est une niche dans le marché, car les consommateurs paient plus cher pour leurs fruits et légumes [bios]. Ils n’ont aucune conviction idéologique. »

Le label Biogarantie ne peut pas contrôler ce qui est produit à l’étranger. Nous nous basons sur des labels extérieurs à nos frontières comme le label Eurofeuille en Europe, ou encore Fair Trade ou Oxfam hors-Europe. Malheureusement dans un système complexe et mondialisé, les dérives existent et échappent aux contrôles.

C’est pourquoi nous nous lançons également dans la dynamique du Bio local en circuit court. Biogarantie Belgium est présent depuis 2020 pour vous assurer que vos aliments sont produits en Belgique, dans le respect de nos travailleurs et de la réglementation « Bio ».

L’utilisation de vitamines OGM dans la nourriture d’élevage

Le problème ici est directement lié à la mondialisation. Pour des raisons de coûts de production, la grande majorité de la vitamine B2 est fabriquée en Asie. L’additif en lui-même ne contient pas d’OGM, cependant une bactérie OGM intervient dans le processus de fermentation nécessaire à la production de la vitamine. Les quantités d’OGM sont donc infimes, impossible à détecter, mais ce processus est bien évidemment contraire à l’éthique et à la règlementation Bio.

Poule qui regarde des graines. Il y a des vitamines B2 dans les aliments pour animaux monogastriques. Cette vitamine est produite à partie d'une bactérie OGM en Asie. La Belgique cherche des solutions pour contourner ce problème et obtenir des aliments 100% bios

En Belgique, ce sont les fabricants d’aliments pour animaux, en collaboration avec les contrôleurs Bio, qui ont révélé le problème aux autorités. Il n’y a donc pas de course au profit là derrière, mais bien une volonté de respecter le Bio.

Malheureusement à ce jour, il n’existe aucune solution économiquement viable. Le monopole de la production de vitamine B2 demeure asiatique. Une piste de solution a été lancée par les différents acteurs du bio en Wallonie. Ils ont mis sur pied un groupe de travail en 2018 en collaboration avec le centre de recherche de Gembloux et différentes universités. Le but étant de produire une vitamine B2 totalement Bio.  Les premiers essais semblent concluants au niveau technique mais demeurent très couteux à réaliser.

Rappelons qu’il n’est pas possible de se passer de la vitamine B2 dans l’alimentation animale. Les fabricants d’aliments ont l’obligation légale (afsca) de garantir que les aliments répondent aux besoins physiologiques des animaux. Ces aliments ne peuvent également pas avoir d’impact négatif sur leur bien-être. Or, le manque de vitamine B2 serait lié à des problèmes de calcification, surtout chez les jeunes animaux, avec pour conséquence des malformations des membres.

Il n’y a donc pas de solutions pour le moment, mais nos acteurs Bio belges planchent sur le problème.

Rémunération des producteurs face à la grande distribution

La grande distribution, puissance économique redoutable dans les négociations, fait pression sur les producteurs pour obtenir des produits toujours moins chers. Le problème n’est pas nouveau, mais il semble s’être accentué sous l’appellation « Bio ». Cette fois-ci par contre, la pression s’est transposée sur les consommateurs.

Conscients de l’intérêt que portent les consommateurs pour le Bio, les grands groupes de distribution n’y vont pas de main morte sur les marges bénéficiaires. L’exemple nous est donné dans le reportage : un fournisseur de Delhaize vend ses tomates-cerises à celui-ci au prix de 3,25€ du kilo. Une fois dans les rayons du magasin, le prix est multiplié par trois et s’affiche à 10,60€/kg.

Delhaize revend trois fois plus cher les produits achetés à des agriculteurs Bio.

Cette problématique est au cœur du travail de Biogarantie. Nous luttons pour une équité des prix, tout au long la chaine. Nous veillons au respect du travail des agriculteurs et à leur juste rémunération. Malheureusement, nous ne pouvons pas contraindre la grande distribution à baisser ses prix de vente. Un agriculteur Bio est légèrement mieux rémunéré qu’un agriculteur conventionnel pour des raisons justifiées : le bio demande plus de travail, plus d’espace et entraine aussi parfois plus de pertes. Cependant rien, mis-à-part l’attirance du gain, ne justifie une multiplication par trois de la valeur d’un produit pour sa simple mise en rayon. Les grands groupes profitent de la popularité des produits Bios pour faire flamber les prix. Ce sont les consommateurs qui en pâtissent.

C’est pourquoi nous appuyons le circuit court et invitons les consommateurs à se diriger vers des points de vente qui travaillent avec les agriculteurs locaux.

Conclusion

Le reportage est évidemment critique et pointe du doigt les dysfonctionnements du marché Bio dans une économie mondialisée. Nous regrettons que les journalistes n’aient pas montré les pistes de solution qui s’offrent aux consommateurs. Notre label en fait partie.

Soyons honnête, vous trouverez notre label en vente chez certains grands distributeurs. Mais nous luttons pour la juste rémunération des producteurs et nous défendons les commerces locaux. Nous appuyons également la communication des agriculteurs, éleveurs, maraîchers, etc. Notre but est simple : orienter les consommateurs vers un Bio respectueux de l’environnement et des être humains. Il existe des dérives, mais nous faisons tout pour respecter la philosophie du Bio. Il y a encore du travail et, dans un système qui prône l’argent au-dessus des valeurs, il demeure important de s’associer. Nous invitons donc tous les acteurs du Bio à travailler ensemble. La lutte pour un avenir meilleur continue.